Source : écrit par Gilles Coens, Head of Product chez MeDirect, le 25 mars à 9 h.
En mars, la géopolitique dicte à nouveau le rythme des marchés financiers. Alors que la guerre au Moyen-Orient ne cesse de s’intensifier, la navigation dans le détroit d’Ormuz est pratiquement impossible. Un seul détroit influence ainsi depuis plusieurs semaines l’approvisionnement énergétique mondial, et donc aussi l’actualité économique.
Le détroit d’Ormuz, un étroit passage maritime aux répercussions mondiales
Environ 20 % du pétrole commercialisé dans le monde et une part importante des exportations de GNL en provenance de la région du Golfe transitent par le détroit d’Ormuz. Lorsque ce trafic est perturbé — ces dernières semaines, l’activité maritime a chuté à une fraction de son niveau habituel —, les marchés de l’énergie en ressentent immédiatement les effets.
Pendant plusieurs jours, le prix du pétrole a oscillé entre 100 et 120 dollars le baril, et les prix du GNL en Europe et en Asie ont également fortement augmenté. L’impact économique se fait donc de plus en plus sentir : les entreprises sont confrontées à des délais de livraison plus longs et à des goulets d’étranglement dans la chaîne d’approvisionnement. Pendant ce temps, la hausse des prix de l’énergie se répercute sur la production et le transport dans différents secteurs.
Le graphique ci-dessous montre comment le nombre quotidien de passages de pétroliers, de cargos et de navires marchands en général a chuté brutalement depuis fin février, pour s’établir bien en dessous de la moyenne habituelle pour le mois de février.

Les marchés mondiaux en baisse
En mars, on observe la même tendance dans pratiquement toutes les performances des marchés mondiaux. Le S&P 500 a perdu environ 4,5 % de sa valeur et l’Euro Stoxx 50, près de 9 %. Les Small Caps de l’indice américain Russell 2000 ont chuté de plus de 5 % et l’indice Hang Seng a enregistré une baisse similaire.
Les États-Unis résistent encore relativement bien, mais l’Europe et l’Asie subissent de plein fouet les conséquences du choc énergétique. Dans tout cela, on observe une constante : plus la dépendance énergétique est élevée, plus la chute des cours est importante.

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TACO : Trump Always Chickens Out
Entre-temps, les investisseurs ne cessent de parler de TACO, Trump Always Chickens Out (Trump se défile toujours). Ce terme fait référence à la manière dont le président américain cherche la confrontation, pour ensuite faire marche arrière dès que la pression du marché devient trop forte.
Ce terme a regagné en popularité lorsque Trump a déclaré qu’il renonçait à attaquer les infrastructures énergétiques iraniennes pendant cinq jours. Les attaques menées par Israël et les États-Unis ont provoqué une grande nervosité sur les marchés, en raison de l’impact du conflit sur le marché de l’énergie et l’économie mondiale. Et c’est ainsi que Trump a une fois de plus changé d’avis, comme il l’avait fait pour le Venezuela, les droits de douane et le Groenland.
Et c’est vrai. Un conflit prolongé au Moyen-Orient pèsera sur le coût de financement de la dette publique américaine et fera grimper l’inflation à des niveaux insoutenables. En mars, le taux d’intérêt à 10 ans est déjà passé d’environ 4 % à 4,4 % et le taux d’intérêt des prêts à 2 ans de 3,4 % à 3,9 %. Tout comme lors de l’annonce des droits de douane à l’occasion du « Liberation Day », de telles hausses des taux d’intérêt ne peuvent être ignorées par le Bureau ovale.
Pourtant, tout cela montre surtout qu’il suffit d’une seule phrase venue de Washington pour faire basculer l’opinion, encore et encore. La géopolitique reste extrêmement imprévisible, tout comme la volatilité qui y est liée.
L’économie américaine ralentit, malgré une position de départ favorable
Les États-Unis se trouvent clairement en position de force. En tant que producteurs nets d’énergie, ils subissent moins de conséquences directes des perturbations au Moyen-Orient. Dans certains secteurs, tels que la production et l’exportation d’énergie, la situation actuelle peut même avoir un effet positif.
De plus, l’économie américaine dispose d’une plus grande marge de manœuvre, car la demande intérieure reste relativement forte et le marché américain continue de servir de valeur refuge pour les investisseurs internationaux. Aux États-Unis, contrairement à l’Europe, cet impact semble donc être davantage de nature cyclique que structurelle.
Toutefois, l’économie américaine n’est pas non plus à l’abri des nombreux chocs. Aux États-Unis aussi, l’activité économique ralentit et l’inflation repart à la hausse. Les indicateurs récents suggèrent un ralentissement de la croissance, alors que les entreprises sont confrontées à une hausse des coûts et à une incertitude croissante.
Les chiffres macroéconomiques américains ne dressent donc pas un tableau très réjouissant. L’indice Flash PMI a reculé à 51,4 en mars, son plus bas niveau depuis onze mois. C’est surtout le secteur des services qui a ressenti l’impact de la hausse des coûts de l’énergie et des transports. L’industrie a relativement bien résisté, car beaucoup d’entreprises avaient constitué des stocks supplémentaires et l’agitation autour des droits de douane s’était quelque peu apaisée ces derniers temps. Pourtant, le secteur industriel est lui aussi confronté à une hausse des coûts des intrants, à des délais de livraison plus longs et même à une première légère baisse de l’emploi depuis plus d’un an.
Dans le même temps, Wall Street reste étonnamment résiliente. Le S&P 500 est toujours à quelques points de pourcentage seulement de ses niveaux records, même si tout indique que la politique monétaire va se resserrer plutôt que s’assouplir. Ce constat ressort des taux d’intérêt, des prévisions d’inflation et, bien sûr, des spéculations concernant une nouvelle hausse des taux, même si, pour l’instant, la probabilité d’une telle hausse semble encore limitée. En tout cas, les analystes ne croient plus désormais à une baisse rapide des taux d’intérêt.
Le fragile exercice d’équilibre de la zone euro
En Europe, la croissance s’est presque complètement arrêtée en mars. L’indice PMI de la zone euro a chuté à 50,5, son plus bas niveau depuis dix mois. Le secteur des services a stagné, tandis que l’industrie n’a connu qu’une légère expansion. On remarque surtout ici la forte hausse des coûts des intrants, qui enregistrent leur plus forte augmentation depuis plus de trois ans. Cette évolution résulte directement de la hausse des prix de l’énergie et de nouveaux retards dans la chaîne d’approvisionnement.
La confiance des entreprises européennes a chuté à son plus bas niveau depuis 2022 et la demande s’est à nouveau affaiblie. Les décideurs politiques mettent même en garde contre une éventuelle « crise énergétique » si les perturbations dans la région d’Ormuz devaient se prolonger.
La dépendance énergétique de l’Europe
C’est surtout la dépendance structurelle vis-à-vis des importations d’énergie qui place à nouveau l’Europe dans cette situation vulnérable. La forte hausse des prix de l’énergie se traduit immédiatement par une augmentation des coûts pour les entreprises et les ménages. Ce sont surtout les secteurs à forte intensité énergétique qui sont durement touchés, ce qui pèse sur la compétitivité et l’activité industrielle.
Le risque de stagflation
En outre, ce choc des coûts intervient à un moment particulièrement défavorable pour l’Europe sur le plan économique. Alors que l’inflation commençait tout juste à ralentir dans la zone euro, la guerre génère une nouvelle pression à la hausse. Dans le même temps, la croissance économique ralentit, ce qui donne lieu à un scénario classique de stagflation : une combinaison de hausse des prix et de ralentissement de l’activité économique. D’un point de vue historique, il s’agit là d’une des situations les plus difficiles à gérer, tant pour les décideurs politiques que pour les investisseurs.
Trouver le juste équilibre entre les taux d’intérêt et l’inflation
Pour l’instant, la Banque centrale européenne a maintenu ses taux d’intérêt inchangés. Un avertissement clair a néanmoins été lancé depuis Francfort. Christine Lagarde a souligné que la hausse des prix du pétrole et du gaz « aura un impact considérable sur l’inflation à court terme » et que la BCE « suivra de près toutes les nouvelles informations » au cours des prochaines semaines afin d’ajuster sa politique si nécessaire.
La Banque centrale a par ailleurs revu ses propres prévisions : les prévisions d’inflation pour 2026 ont été revues à la hausse, passant de 1,9 % à 2,6 %, ce qui laisse supposer que le choc énergétique pourrait avoir des répercussions plus structurelles qu’on ne le pensait initialement. C’est ce qui ressort également des derniers chiffres de la zone euro, où l’inflation en glissement annuel a atteint 1,9 % en février. Cela confirme clairement qu’après des mois de ralentissement, la pression sur les prix recommence à se faire sentir.
L’Asie reste elle aussi dépendante de l’énergie
Les marchés asiatiques ont également été durement touchés, notamment en raison de leur forte dépendance vis-à-vis du pétrole et du GNL transitant par le détroit d’Ormuz. Le Japon importe jusqu’à 90 % de son pétrole par cette voie, et la Corée du Sud ainsi que la Chine sont également vulnérables.
La hausse des prix de l’énergie et le risque de nouvelles difficultés d’approvisionnement ont clairement pesé sur les marchés boursiers asiatiques en mars. L’indice Hang Seng a perdu près de 6 % sur le mois et d’autres indices asiatiques ont également reculé. La Chine continue également de faire face à une faible demande intérieure et à une hausse des coûts à l’importation, ce qui rend ces chocs externes d’autant plus difficiles à supporter.
Sérénité, discipline et stratégie à long terme
Malgré les turbulences géopolitiques, le message essentiel pour les investisseurs reste le même : privilégiez la diversification, la qualité et la discipline. Continuez à suivre la stratégie à long terme définie, plutôt que de réagir à chaque événement géopolitique.
La Fed et la BCE devront faire preuve de prudence au cours des prochains mois. Mais tant que l’incertitude persiste, des mesures politiques radicales semblent peu probables.
1. Au-delà de la crise géopolitique
Les marchés, en revanche, continueront surtout à réagir à l’actualité. À la couverture médiatique du conflit au Moyen-Orient et à l’évolution des résultats des entreprises. Les crises géopolitiques attirent beaucoup l’attention et des scénarios catastrophes émergent alors très vite. Il est toutefois important de toujours garder une vision à long terme.
Car les chocs d’approvisionnement comme celui-ci sont indéniablement violents. Toutefois, l’histoire a montré à maintes reprises qu’ils sont généralement temporaires, à l’exception d’un nombre limité d’escalades de longue durée. Cette constatation est confirmée par la liste ci-dessous, qui retrace un quart de siècle d’événements géopolitiques majeurs. À maintes reprises, on a pensé que ces événements allaient mettre à mal l’économie mondiale tout entière pendant longtemps. Dans la pratique, cet impact s’est cependant généralement avéré de courte durée.
| Événement | Date | 1 jour | 12 mois | 3 ans |
| Attentats terroristes du 11 septembre | 9 novembre 2001 | -4,90 % | -16,80 % | 2,66 % |
| Début de la guerre en Irak | 20/03/2003 | 2,30 | 28,96 | 16,28 |
| Attentats du 7 juillet à Londres | 07/07/2005 | 1,17 | 7,64 | 3,45 |
| Annexion de la Crimée par la Russie | 20/02/2014 | -0,20 | 14,70 | 10,86 |
| Attentats terroristes de Paris | 13/11/2015 | 1,51 | 9,34 | 12,68 |
| Vote sur le Brexit | 23/06/2016 | -3,59 | 17,81 | 14,07 |
| Intensification des tensions entre les États-Unis et l’Iran | 06/01/2020 | -0,27 | 17,58 | 8,01 |
| Pandémie de coronavirus | 20/02/2020 | -0,40 | 17,44 | 8,16 |
| Retrait des États-Unis d’Afghanistan | 30/08/2021 | -0,12 | -10,66 | 9,33 |
| Invasion de l’Ukraine par la Russie | 24/02/2022 | 2,25 | -5,86 | 13,48 |
| Guerre entre Israël et le Hamas (attaque du Hamas par Israël) | 07/10/2023 | 0,60 | 35,42 | N/A |
| Guerre entre Israël et le Hamas (frappe de l’Iran par Israël) | 12/06/2025 | -1,11 | N/A | N/A |
| Guerre entre Israël et le Hamas (frappes américaines contre des sites nucléaires iraniens) | 22/06/2025 | 0,96 | N/A | N/A |
Source : T. Rowe Price
2. Diversification face à l’imprévisibilité
Depuis le début du second mandat de Donald Trump, nous ne cessons de le répéter : diversifiez vos placements. Il est pratiquement impossible de prédire ce qui va se passer demain, et encore moins dans un an. Dans un tel contexte, il est extrêmement risqué de miser sur un seul secteur ou thème.
Au cours de la période écoulée, les actions valeur (notamment celles des banques) ont, par exemple, mieux performé que les actions de croissance. Les actions du secteur de l’énergie ont également enregistré de très bons résultats, alors que de nombreuses entreprises technologiques ont été durement touchées. Certaines entreprises peuvent actuellement tirer profit de la hausse des prix ou des taux d’intérêt, tandis que les entreprises technologiques, à l’instar des autres entreprises en croissance, sont confrontées à des coûts de financement plus élevés.
Bon à savoir : les investisseurs en ETF ou en indices ont actuellement une exposition limitée aux actions du secteur de l’énergie. Alors que ce secteur représentait encore 30 % du S&P 500 dans les années 80, il en représente aujourd’hui moins de 4 %. Par ailleurs, les valeurs technologiques sensibles aux taux d’intérêt représentent aujourd’hui plus de 30 % de l’indice.
Dans ce contexte en constante évolution, les fonds gérés activement semblent donc être la solution idéale pour gérer un portefeuille de manière tactique. En effet, dans ces fonds, c’est toujours une personne, un expert, qui prend des décisions mûrement réfléchies et qui est donc mieux à même de s’adapter à l’évolution des conditions du marché.
3. L’intelligence artificielle ne disparaîtra pas de sitôt
Avec ou sans la guerre en Iran, les bouleversements provoqués par l’intelligence artificielle ne s’arrêteront pas du jour au lendemain. Les actions du secteur technologique, même si elles souffrent beaucoup actuellement, ont tout de même connu une hausse spectaculaire ces dernières années.
Et il n’y a pas que la guerre en Iran : d’autres facteurs expliquent la chute actuelle de l’IA sur les marchés boursiers. En effet, après ces hausses spectaculaires, il n’est pas étonnant que de nombreux investisseurs choisissent aujourd’hui de prendre leurs bénéfices, compte tenu de l’incertitude géopolitique actuelle. Les attentes à l’égard de ces entreprises sont élevées et la question reste de savoir si elles continueront à y répondre. De nombreuses entreprises du secteur technologique financent leur croissance avec des emprunts ; elles sont donc plus sensibles à la hausse des taux d’intérêt. Contrairement, par exemple, au secteur financier.
Certes, on observe actuellement des facteurs défavorables pour les entreprises technologiques, mais il semble peu probable que la révolution technologique de l’IA s’arrête du jour au lendemain. Pas même à cause du conflit au Moyen-Orient.
Donc, pour ceux qui sont prêts à tolérer un peu de volatilité : c’est peut-être le moment d’acheter, éventuellement en étalant les achats dans le temps.
4. L’épargne ne compensera (très probablement) pas la hausse de l’inflation
Les banques centrales, et surtout les banques centrales européennes, se retrouveront bientôt dans une impasse. Compte tenu de la faible croissance, une hausse des taux d’intérêt est tout sauf souhaitable, et donc peu probable à court terme. Cela signifie également que même le compte d’épargne le plus rémunérateur ne suffira sans doute pas à compenser la hausse de l’inflation. Dans un contexte d’inflation croissante, il est par conséquent essentiel de diversifier ses placements afin de protéger son portefeuille.
5. La panique est mauvaise conseillère
La panique pousse souvent les investisseurs à vendre après une forte baisse des cours. Mais pour compenser ces pertes, les meilleures journées boursières sont justement indispensables. Ces jours fastes surviennent généralement très rapidement après une correction importante. Et ceux qui ont vendu dans la panique passent à côté de la correction et de la compensation qui en découle.
À titre d’illustration : le graphique ci-dessous montre le manque à gagner des investisseurs qui auraient raté les dix meilleures journées boursières entre 2005 et 2024, par rapport aux investisseurs qui ont conservé leurs actions tout au long de cette période.

Mars, un mois placé sous le signe de TACO et de la géopolitique
Mars 2026 a été le mois où la géopolitique a de nouveau déterminé l’ensemble du contexte macroéconomique. Un mois marqué par des moments TACO, la hausse des prix de l’énergie et le ralentissement des indices PMI. Mais aussi un mois au cours duquel les marchés ont prouvé qu’ils ne cédaient pas pour autant à la panique.
Pour les investisseurs, la leçon est claire : gardez votre calme, continuez à diversifier vos placements et gardez le regard tourné vers l’avenir. Même lorsque le monde semble vaciller sur ses bases.
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