Source : rédigé par Gilles Coens, Head of Product chez MeDirect
Le mois d’août est traditionnellement le plus calme de l’année en Bourse : volumes plus faibles, moins d’actualités, et beaucoup ont encore la tête en vacances. Pourtant, cet été, les marchés ont été tout sauf calmes. Les grandes places boursières affichent dans l’ensemble de solides performances : le Nikkei 225 progresse de plus de 26 % depuis le début de l’année, le S&P 500 de plus de 11 % et l’Euro Stoxx 50 de plus de 10 %, tandis que le Hang Seng recule. Le mois écoulé a également été positif pour la plupart des grands indices. Sous la surface, la situation est toutefois moins uniforme. Les entreprises tournent à plein régime : les prévisions de bénéfices sont revues à la hausse et les indicateurs d’activité accélèrent des deux côtés de l’Atlantique. Le consommateur, en revanche, montre davantage de doutes : la confiance a chuté et les dépenses ralentissent. L’été le plus chaud n’a donc pas donné naissance à un récit unique et brûlant, mais à un marché où bénéfices des entreprises, géopolitique et préoccupations des consommateurs s’équilibrent en permanence.
Le moteur des bénéfices continue de tourner, et c’est précisément pour cela que vous investissez
C’est un message qui revient régulièrement dans cette rubrique, et le mois d’août en apporte une nouvelle démonstration : à long terme, ce sont les bénéfices des entreprises qui soutiennent les cours des actions, et non le sentiment du marché du moment. Cinq ans après le dernier ralentissement économique, les prévisions de bénéfices des entreprises américaines continuent d’être revues à la hausse au lieu d’être abaissées. Habituellement, la croissance des bénéfices ralentit puis recule tous les quatre à six ans. Les analystes anticipent désormais une croissance moyenne annuelle de 11,6 % des bénéfices des entreprises américaines au cours des cinq prochaines années, un rythme qui n’a été observé historiquement que dans environ 15 % des périodes de cinq ans.
Cette résilience apparaît également dans les statistiques d’activité. L’activité économique américaine s’est nettement accélérée en août : l’indice composite PMI flash de S&P Global est passé de 54,5 en juillet à 56,0, son niveau le plus élevé depuis avril 2022. Cette progression provient principalement du secteur des services, où l’indice a bondi de 54,6 à 56,8. L’emploi a progressé au rythme le plus rapide depuis janvier 2025, tandis que la confiance des dirigeants d’entreprise s’est améliorée. Les indicateurs régionaux de la Réserve fédérale, l’Empire State Index et le Philadelphia Fed Index, ont également dépassé les attentes en août et atteint leurs plus hauts niveaux depuis 2021. Des entreprises comme Nvidia (+12.4 % YTD)¹ restent le symbole le plus connu de cette dynamique de bénéfices. Il est toutefois intéressant de noter que cette performance paraît modeste par rapport à de nombreuses valeurs situées en dehors du secteur traditionnel de l’IA, comme nous le verrons plus loin.
L’inflation ralentit légèrement, mais la Fed reste prudente
Les investisseurs qui espèrent une politique monétaire plus accommodante ont également reçu une bonne nouvelle. L’inflation américaine pour le mois de juillet s’est établie à 0,1 % sur base mensuelle et à 3,4 % sur base annuelle, en léger recul par rapport aux 3,5 % de juin. L’inflation sous-jacente, hors alimentation et énergie, est ressortie à 2,5 % sur un an. Après ces chiffres, les investisseurs ont sensiblement réduit la probabilité d’une hausse des taux en septembre.
Ce détail est loin d’être anodin. Les comptes rendus de la réunion de la Fed de juillet indiquent que la banque centrale continue de qualifier ses perspectives d’inflation de « très incertaines », avec des risques toujours orientés à la hausse, et qu’un « resserrement supplémentaire pourrait être nécessaire si l’inflation ne recule pas ». En d’autres termes, la porte reste entrouverte à une hausse des taux, mais la Fed disposera encore d’un mois complet de données supplémentaires avant sa réunion de septembre. Un sujet complexe, dont la conclusion est simple : la direction à suivre n’est pas encore définitivement fixée, et cela maintient les marchés en alerte.
Le consommateur voit les choses autrement
Ce n’est toutefois pas toute l’histoire. Si les entreprises affichent de l’optimisme, le consommateur américain se montre bien plus réservé. Les ventes au détail ont reculé de façon inattendue de 0,6 % en juillet, sous l’effet d’une baisse des dépenses dans le commerce en ligne, chez les concessionnaires automobiles et dans les stations-service. L’indice de confiance des consommateurs de l’Université du Michigan a chuté de près de 8 % en août à 51 points, contre 55,2 en juillet, interrompant deux mois consécutifs de reprise. Les consommateurs plus âgés, à revenus plus modestes et moins diplômés, précisément les catégories les plus sensibles à la perte de pouvoir d’achat, ont enregistré les replis les plus marqués. À peine 8 % des consommateurs estiment désormais que leurs revenus progresseront plus vite que l’inflation, contre 18 % encore en décembre 2024.
Ce contraste résume parfaitement l’été : des entreprises qui continuent à investir et à générer des bénéfices, face à des ménages qui ressentent chaque jour le poids des factures énergétiques et de l’incertitude géopolitique au Moyen-Orient.
Bien plus que la technologie : quelques valeurs remarquables
Les investisseurs qui se concentrent uniquement sur Nvidia et les grandes valeurs technologiques passent à côté d’une part importante de l’histoire de 2026. Depuis le début de l’année, deux autres secteurs affichent même des performances supérieures à celles de la technologie : l’industrie progresse de plus de 45 % et l’énergie d’environ 36 %, contre près de 19 % pour la technologie. Les secteurs bancaire et de la santé comptent également plusieurs valeurs qui devancent largement leurs indices sectoriels respectifs.
Dans l’industrie, cette dynamique est soutenue par la combinaison des dépenses de défense et des investissements liés à l’infrastructure physique de l’IA. Le groupe de défense Lockheed Martin (+16,9 % YTD) profite de l’augmentation des budgets militaires à travers le monde, tandis que Caterpillar (+43,5 % YTD) et Eaton (+31,7 % YTD) bénéficient de la construction de centres de données et de la modernisation des réseaux électriques, loin des puces elles-mêmes mais indispensables à leur fonctionnement.
Dans l’énergie, l’explication est plus simple : les incertitudes persistantes autour du détroit d’Ormuz soutiennent les prix du pétrole, ce qui se reflète directement dans les bénéfices de sociétés comme ExxonMobil (+31,4 % YTD) et Chevron (+31,4 % YTD). C’est une illustration frappante de la manière dont un risque géopolitique peut constituer un obstacle pour la plupart des secteurs et des consommateurs, tout en devenant un moteur positif pour un secteur spécifique.
Même dans des secteurs dont les performances globales ont été moins exceptionnelles, certains titres se démarquent nettement. Dans la finance, Citigroup (+14,4 % YTD) devance largement ses pairs grâce à une restructuration continue et à une activité accrue dans les opérations de marché. Dans la santé, Eli Lilly demeure l’une des valeurs les plus connues grâce à ses traitements contre le diabète et l’obésité, avec une progression de 10,7 % depuis le début de l’année et près de 60 % sur les douze derniers mois.
Le constat reste toujours le même : au sein d’un même secteur, les écarts de performance entre entreprises peuvent être considérables. C’est précisément la raison pour laquelle certains investisseurs choisissent de compléter un portefeuille largement diversifié par quelques actions individuelles, même si cela nécessite davantage de suivi et implique un risque spécifique plus élevé qu’un fonds diversifié ou un ETF.
Europe : l’histoire positive et discrète de cet été
Alors que toute l’attention est tournée vers les États-Unis, l’Europe a enregistré cet été des résultats remarquablement solides, sans pour autant faire beaucoup de bruit. L’économie de la zone euro a progressé de 0,4 % au deuxième trimestre par rapport au premier trimestre, soit deux fois plus que les 0,2 % attendus par les économistes, et sa croissance trimestrielle la plus forte depuis le début de 2025. Sur une base annuelle, la croissance a accéléré à 1,0 %. L’Espagne a mené la marche avec une progression de 0,7 %, les Pays-Bas ont surpris à 0,4 %, et même la France est revenue en territoire positif avec une croissance de 0,2 % après un léger recul au premier trimestre.
Les indicateurs d’activité publiés en août confirment cette amélioration. Le PMI composite flash de la zone euro est monté à 52,1, au-dessus des attentes et légèrement supérieur aux 52 observés en juillet. Le secteur des services reste en expansion et la demande à l’exportation progresse pour la première fois depuis quatre ans et demi. En Allemagne, c’est principalement l’industrie qui se redresse : l’indice de production manufacturière a atteint son plus haut niveau depuis 55 mois, même si les services se contractent toujours. L’indice de confiance ZEW est passé de 26,3 à 34,2, soutenu par les bénéfices des entreprises et les investissements publics dans les infrastructures. En France, la confiance des industriels s’est également améliorée plus fortement qu’attendu.
Il s’agit de bien plus qu’une actualité locale : c’est le début d’un mouvement qui concerne aussi les investisseurs belges. Alors que la croissance des bénéfices américains a surtout reposé cette année sur une poignée de géants technologiques, la croissance des bénéfices en Europe accélère désormais de manière plus large, dans des secteurs tels que les banques, l’industrie et l’énergie. Des sociétés comme Siemens Energy (+24,4 % YTD) et surtout ASML (+62,5 % YTD) illustrent cette diversification : elles profitent elles aussi de la construction des infrastructures liées à l’IA, mais depuis l’Europe.
Et ASML est loin d’être un cas isolé. L’allemand Siltronic, producteur de wafers en silicium indispensables à la fabrication des semi-conducteurs, figure parmi les meilleures performances du marché européen cette année avec un gain d’environ 61.6 % YTD. Cela montre que les gagnants européens de l’IA vont bien au-delà du fabricant de machines à puces le plus connu. Des réseaux électriques aux centres de données, en passant par les équipements et matériaux nécessaires à la production des semi-conducteurs, la vague d’investissements dans l’IA touche une chaîne de valeur européenne beaucoup plus vaste qu’on ne l’imagine souvent.
Les analystes de Fidelity soulignent d’ailleurs que le rétrécissement de l’écart de croissance des bénéfices entre les États-Unis et l’Europe constitue historiquement le type de signal qui pousse les investisseurs internationaux à augmenter leur exposition à l’Europe. Autrement dit, il ne s’agit plus seulement d’une question de valorisation, mais progressivement aussi d’une question de croissance des bénéfices.
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Le détroit d’Ormuz : prévisiblement imprévisible
Le Moyen-Orient est resté ce mois-ci un facteur d’influence permanent pour le prix du pétrole et, par conséquent, pour les perspectives d’inflation. Une grande partie de l’actualité dans cette région semble se répéter : les tensions augmentent, le pétrole réagit, les marchés absorbent l’information puis poursuivent leur chemin. Sans minimiser les risques, c’est surtout cette imprévisibilité persistante que les investisseurs doivent intégrer dans leurs anticipations, davantage qu’un événement isolé.
Marchés obligataires : des taux plus élevés et des autorités qui interviennent
Sur les marchés obligataires, les rendements à long terme ont poursuivi leur progression. Le taux américain à trente ans a atteint son niveau le plus élevé depuis 2007, sous l’effet des préoccupations budgétaires et de l’importante émission de dette liée aux investissements dans l’IA. À la mi-août, le Trésor américain a annoncé son intention de doubler au minimum la taille de son programme de rachats d’obligations à long terme, ce qui a temporairement fait reculer les taux. Une partie de ce mouvement a toutefois été effacée plus tard dans la semaine lorsque les investisseurs se sont interrogés sur l’efficacité réelle du programme. En résumé, les gouvernements et les banques centrales cherchent des moyens de contenir la pression sur les taux, mais la tendance structurelle reste inchangée : davantage d’émissions de dette et une demande croissante de capitaux.
Japon et Chine : deux histoires opposées, une fois de plus
Au Japon, le rendement de l’obligation d’État à dix ans a atteint un sommet de trente ans à environ 2,93 %, soutenu par les anticipations de nouveaux resserrements monétaires de la Banque du Japon. Dans le même temps, la croissance économique japonaise a ralenti plus fortement que prévu au deuxième trimestre pour atteindre 1,1 % sur base annuelle, bien en dessous des 2,0 % attendus, tandis que l’inflation sous-jacente a accéléré à 1,8 %. Le Nikkei 225 et l’indice TOPIX ont reculé ce mois-ci dans un contexte général de réduction du risque, particulièrement au sein des valeurs technologiques et des semi-conducteurs, même si le Nikkei reste l’un des indices les plus performants du monde sur l’ensemble de l’année.
La Chine a présenté une image plus contrastée. Les indicateurs économiques publiés pour juillet se sont globalement affaiblis : la production industrielle et les ventes au détail ont progressé moins rapidement qu’attendu, tandis que le secteur immobilier continue de freiner l’économie. Malgré cela, l’intérêt des investisseurs pour la technologie chinoise est resté très fort. L’introduction en Bourse du fabricant de robots humanoïdes Unitree Robotics, basé à Hangzhou, a été sursouscrite plus de 8 000 fois et l’action a clôturé sa première séance en hausse de 460 %, signe de l’appétit persistant pour les entreprises actives dans l’« embodied AI ». Hong Kong en a été le principal bénéficiaire : le Hang Seng a gagné 3,55 % cette semaine-là, soutenu par les valeurs de la santé, tandis que les marchés chinois continentaux reculaient légèrement.
Conclusion : deux vitesses, un seul portefeuille
Le mois d’août 2026 peut se résumer à une image simple : le moteur de l’économie mondiale, constitué des bénéfices des entreprises et de l’activité économique, tourne à plein régime, tandis que le conducteur, le consommateur, hésite encore sur la route à suivre. Ces deux signaux sont réels et aucun ne domine totalement l’autre. Si l’on y ajoute une Fed qui maintient toutes les options ouvertes, une Europe qui gagne discrètement en puissance et une Asie qui évolue dans des directions opposées, il devient évident que la diversification, entre régions, secteurs et styles d’investissement, reste plus que jamais essentielle.
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¹ Les performances YTD des actions individuelles mentionnées sont calculées sur la base des cours de clôture du 26 août 2026, dans la devise de cotation de l’action.
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