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Échappée ou peloton, qui dicte le rythme des marchés ?

Source : rédigé par Gilles Coens, Head of Product chez MeDirect, le 26 juillet 2026

Le 26 juillet, Mathieu van der Poel s’est battu, dans la dernière étape du Tour de France, aux côtés de Tadej Pogačar au sein d’une échappée à couper le souffle dans les rues de Paris. Deux coureurs qui s’étaient trouvés tout au long de la course ont parfaitement collaboré pour maintenir le peloton poursuivant à distance, mais, dans les derniers kilomètres, Pogačar a dû lâcher prise, permettant ainsi aux poursuivants de revenir. Pogačar a décroché son cinquième sacre, tandis que le Belge Remco Evenepoel s’assurait la deuxième place du podium. C’est une image qui colle étonnamment bien aux marchés de ce mois-ci : des banques centrales qui pensaient rouler ensemble se retrouvent soudain chacune à leur propre rythme, et le coureur qui mène la course n’est pas nécessairement celui qui remporte l’étape.

Alors que, le mois dernier, il était encore question du cessez-le-feu fragile entre les États-Unis et l’Iran, ce conflit n’a fait que s’intensifier ce mois-ci. Dans le même temps, le marché a dû digérer un choc nouveau, tout aussi majeur : une correction brutale des valeurs des semi-conducteurs liées à l’IA, qui a entraîné dans son sillage de larges pans du secteur technologique mondial. Ajoutez à cela une Réserve fédérale qui change de cap, un marché japonais passé de sommets historiques à une correction sévère, une Bourse chinoise qui a suivi la trajectoire exactement inverse, et une Europe qui, malgré tout, tient bon, et vous obtenez une édition de juillet qui n’a rien eu d’ennuyeux.

Du cessez-le-feu à la nouvelle escalade

Le conflit autour de l’Iran, source de troubles depuis le début de l’année, est entré ce mois-ci dans une nouvelle phase. Les rebelles houthis au Yémen ont annoncé un blocus de la côte saoudienne et revendiqué des attaques contre des pétroliers en mer Rouge, étendant ainsi la menace bien au-delà du détroit d’Ormuz. Le président américain a averti que toute attaque contre le trafic maritime serait suivie d’une « lourde riposte militaire », tout en menant lui-même de nouvelles frappes contre l’Iran.

La conséquence sur le marché pétrolier est sans équivoque : le baril de pétrole a repassé la barre des 100 dollars pour la première fois depuis mai. Pour des banques centrales qui commençaient tout juste à croire que l’inflation était sous contrôle, c’est une mauvaise nouvelle de plus.

Le tableau n’est toutefois pas entièrement sombre. À la mi-juillet, les chiffres des prix à la consommation et à la production aux États-Unis indiquaient encore un net ralentissement, l’inflation sous-jacente reculant à 3,5 % en rythme annuel, ce qui a rassuré quelque peu les investisseurs quant à un durcissement précipité de la Fed. Un peu moins de deux semaines plus tard, la nouvelle escalade au Moyen-Orient est venue perturber ce scénario, avec des prix du pétrole en hausse qui ont ravivé les anticipations d’inflation. C’est précisément cette tension, entre des risques géopolitiques bien réels et une inflation sous-jacente qui tente, pas à pas, de se normaliser, qui a tenu le marché en haleine ce mois-ci.

La Fed change de rythme

Ce qui, le mois dernier, ressemblait encore à une opposition classique, à savoir une BCE qui resserre face à une Fed attentiste, a pris ce mois-ci une tournure plus complexe. Le président de la Réserve fédérale, Kevin Warsh, a maintenu les taux inchangés lors de ses premières réunions, mais le ton en son sein s’est nettement durci : plusieurs présidents régionaux de la Fed ont pointé ce mois-ci une pression inflationniste croissante liée à l’énergie, à la construction de centres de données pour l’IA et aux coûts d’assurance, et ont réclamé des mesures. Les anticipations de marché ont évolué en conséquence : alors qu’une hausse de taux était à peine intégrée début juillet, le marché envisage à nouveau fin juillet une réelle probabilité de durcissement à l’automne, un revirement encore impensable il y a quelques mois.

La BCE a elle aussi laissé la porte entrouverte : le Conseil des gouverneurs a certes maintenu ses taux inchangés, mais sa présidente, Christine Lagarde, a explicitement évoqué les « événements graves » sur les marchés des matières premières depuis la reprise des hostilités entre l’Iran et les États-Unis, un signal que le marché a interprété comme laissant la porte ouverte à une hausse de taux en septembre. Trois banques centrales, trois étapes différentes : la Fed hésite, la BCE garde ses options ouvertes, et la Banque du Japon avait, elle, déjà surpris cet été avec un relèvement historique à 1,00 %, son plus haut niveau depuis 1995.

Un mois particulièrement difficile pour les échappés : la correction des valeurs liées à l’IA

S’il y a une histoire qui a dominé les marchés ce mois-ci, ce n’est pas la géopolitique, mais une correction de plus de 1 000 milliards de dollars sur les valeurs de semi-conducteurs liées à l’IA. Ce qui a commencé comme une inquiétude sur les valorisations s’est transformé en question structurelle : Nvidia reste-t-il le leader incontesté du calcul pour l’IA, ou cette position est-elle réellement remise en cause ?

Plusieurs grandes entreprises technologiques, dont Amazon et Meta, investissent de plus en plus dans leurs propres puces IA sur mesure plutôt que d’acheter exclusivement du matériel Nvidia. Début juillet, le concepteur de puces Cerebras a par ailleurs annoncé un partenariat avec OpenAI pour développer une architecture concurrençant directement les GPU traditionnels. Par ailleurs, des informations selon lesquelles le Sud-coréen SK Hynix ralentirait l’extension de sa production de puces mémoire pour l’IA ont alimenté l’inquiétude sur la demande dans l’ensemble de l’infrastructure IA.

L’effet a été brutal. L’indice Philadelphia Semiconductor a par moments perdu plus de 10 % en une seule séance, Intel a chuté de 21 % en quelques jours, et même Nvidia n’a pas pu totalement échapper au marasme. En Asie, l’onde de choc a particulièrement touché les valeurs technologiques sud-coréennes et japonaises.

La conclusion reste toutefois plus nuancée qu’un simple récit « d’éclatement de la bulle IA ». De nombreux analystes décrivent cette correction davantage comme un ajustement intermédiaire sain que comme la fin de l’histoire de l’IA : la croissance des bénéfices dans le secteur reste impressionnante, les valorisations ne sont, historiquement parlant, plus vraiment extrêmes, et la demande de puces mémoire reste entièrement réservée jusqu’en cours d’année 2027. Pour rester dans la métaphore du Tour, il s’agit plutôt d’un sprint intermédiaire où les favoris se jaugent que d’une véritable cassure au sein du peloton.

Japon et Chine : deux coureurs qui ont échangé leurs places

Ce choc lié à l’IA donne justement la clé de l’un des contrastes les plus frappants du mois : le Japon et la Chine ont évolué en sens exactement opposé ce mois-ci, ce qui inverse complètement la tendance par rapport au reste de l’année.


Source : Google Finance, 26/07/2026

Sur le mois écoulé, le Nikkei 225 a perdu près de 7 %, tandis que l’indice Hang Seng a gagné plus de 8 % sur la même période. C’est précisément l’inverse de ce que l’on attendrait sur la base de l’évolution annuelle. La quasi-totalité du recul enregistré au Japon en juillet s’explique par la correction des valeurs IA : des valeurs technologiques et de semi-conducteurs japonaises, comme Softbank et Renesas ont compté parmi les plus fortes baisses, la hausse des taux japonais et la faiblesse persistante du yen ne suffisant plus à compenser. La Chine, à l’inverse, a de nouveau bien performé, portée par de solides chiffres à l’exportation, des achats de soutien ciblés de véhicules d’investissement liés à l’État et une rotation temporaire des investisseurs vers les valeurs technologiques et de semi-conducteurs chinoises, même si la volatilité y est restée importante, avec des pics et des creux marqués au fil de la semaine.

Source : Google Finance, 26/07/2026
Si l’on prend toutefois du recul sur l’ensemble de l’année, l’image s’inverse complètement. Le Nikkei affiche depuis janvier un gain de près de 25 % et reste de loin le marché le plus performant des cinq indices repris ci-dessus, porté par la faiblesse structurelle du yen et les meilleurs résultats d’entreprises depuis la bulle de 1989. Le Hang Seng, malgré son excellent mois de juillet, traîne au contraire en queue de peloton cette année, avec une perte de plus de 5 %. C’est une illustration frappante de la manière dont les mouvements de court terme et les tendances de long terme peuvent se contredire totalement : un investisseur qui ne regarde que les dernières semaines tire une conclusion différente de celui qui embrasse l’ensemble du parcours, une raison de plus, comme dans le Tour, de ne pas se fier à un seul sprint intermédiaire, mais de consulter le classement général.

Europe : moins sous les projecteurs, mais toujours bien en selle

Malgré l’agitation mondiale, l’Europe a plutôt bien résisté ce mois-ci. La saison des résultats a apporté de bonnes surprises : SAP a fortement progressé grâce à un solide carnet de commandes dans le cloud, et de grandes banques européennes, comme Santander, BBVA et BNP Paribas ont dépassé les attentes. Dans le même temps, la région a dû composer avec de nouveaux droits de douane américains de 10 à 12,5 %, lesquels ajoutent une incertitude supplémentaire à un contexte de croissance déjà fragile.

Le constat relatif aux valorisations reste globalement le même que le mois dernier : les actions européennes se traitent toujours avec une décote significative par rapport à leurs homologues américaines, ce qui rend la région, en particulier dans des secteurs comme les banques et l’industrie, relativement attrayante lorsque les investisseurs deviennent plus prudents à l’égard des valeurs technologiques américaines, jugées chères.

SpaceX et les grands noms : de l’engouement à l’épreuve des faits

Aux États-Unis aussi, ce fut un mois de vent contraire pour les récits de croissance jusqu’ici célébrés. L’introduction en Bourse tant attendue de SpaceX, saluée il y a à peine deux mois comme l’une des plus grandes IPO de tous les temps, a vu son cours décevoir après l’abandon, au tout dernier moment, d’un vol d’essai de la fusée Starship. Les poids lourds technologiques Alphabet et Tesla ont eux aussi déçu les investisseurs lors de la publication de leurs résultats trimestriels, avec des baisses de cours qui ont encore attisé les inquiétudes sur la rentabilité des investissements massifs dans l’IA.

Le scénario est clair : si le marché était encore et avant toute chose porté par la foi dans les récits d’avenir, il exige aujourd’hui des preuves. La croissance seule ne suffit plus, les investisseurs veulent voir que les milliards injectés dans l’infrastructure IA génèrent effectivement un rendement.

Sous le capot : le marché américain devient beaucoup moins univoque

Si l’on se contente de regarder les grands indices américains, on constate qu’ils ont globalement bien résisté. Mais si l’on regarde au-delà du niveau du S&P 500 ou du Nasdaq, on découvre un marché qui est, en réalité, très différent de ce qu’il était il y a quelques mois.

Depuis début juin, la dispersion entre secteurs s’est fortement accrue : tandis que les valeurs technologiques et les semi-conducteurs reculaient depuis leurs niveaux records, des secteurs comme la finance, l’industrie et la santé prenaient le relais. Les investisseurs sont clairement en train de se repositionner au sein même du thème de l’IA : loin des segments les plus chers et les plus concentrés comme les puces, vers d’autres maillons de la chaîne de valeur de l’IA tels que l’infrastructure, l’approvisionnement énergétique et les applications. Au sein même des grandes capitalisations américaines, l’écart s’est également creusé entre actions de croissance et actions valeur : alors que les premières citées progressent à peine cette année, les titres valeur enregistrent une hausse sensiblement plus forte.

C’est plus qu’un simple détail technique. Cette évolution touche au cœur même de la manière dont la plupart des investisseurs sont aujourd’hui exposés aux actions américaines. Un ETF S&P 500 classique, pondéré en fonction de la capitalisation boursière, suit par définition davantage les plus grandes entreprises, qui ne sont aujourd’hui pour l’essentiel qu’une poignée de géants de la technologie. C’est précisément cette concentration qui rend un indice large vulnérable lorsque le sentiment autour d’un thème donné, comme l’IA, bascule soudainement.

Pourquoi cela devrait-il vous préoccuper en tant qu’investisseur ? Pas parce que la diversification est une fin en soi, mais parce qu’elle rend votre rendement moins dépendant du sort d’une poignée d’entreprises sur lesquelles vous n’avez aucune prise. Le temps, les connaissances et l’attention que vous souhaitez y consacrer personnellement, c’est vous qui en décidez :

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Conclusion : des coureurs différents, une seule arrivée

Ce mois montre à quelle vitesse la dynamique des marchés peut basculer. Tout comme sur le Tour, où l’échappée d’aujourd’hui peut devenir le peloton de demain, le leadership et le rythme changent en permanence. Des banques centrales qui, il y a quelques semaines encore, semblaient avancer de concert, roulent désormais chacune leur propre étape. Un secteur qui semblait jusque récemment intouchable, les puces IA, a soudain vu surgir une concurrence inattendue. Le Japon et la Chine ont échangé leurs positions en l’espace de quelques semaines. Et une région restée dans l’ombre toute l’année, l’Europe, continue quant à elle d’avancer, régulière, à son propre rythme.

Ce qui anime aujourd’hui ce marché n’est donc pas un seul récit dominant, mais la réévaluation permanente de plusieurs forces, parfois contradictoires, à la fois : des risques géopolitiques qui attisent l’inflation, des banques centrales qui divergent, des leaders qui changent de place en l’espace de quelques semaines, et un secteur technologique qui passe de l’engouement à l’épreuve des faits. Pour les investisseurs qui souhaitent suivre ce rythme sans devoir eux-mêmes constamment changer de braquet entre coureurs, régions et secteurs, une approche gérée professionnellement et davantage diversifiée offre un point d’appui dans une course qui devient chaque jour plus imprévisible.

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