Investir sans frontières pour conserver son pouvoir d’achat

Source: L’Echo 17/05/2018

Nous sommes au 26e étage de l’immeuble où Flossbach von Storch (FvS) a installé son quartier général. La vue sur la cathédrale de Cologne et la vieille ville est à couper le souffle. Philipp Vorndran, le
stratégiste en charge des marchés des capitaux de FvS, fait défiler une série de graphiques sur sa tablette. Son objectif? Démontrer que le rendement d’un portefeuille “traditionnel” diversifié – 40% d’obligations,
40% d’actions, 10% d’or et 10% de liquidités – ne permet pas de conserver son pouvoir d’achat, précisément parce que nous devrons encore vivre un certain temps avec des taux bas. Il estime que ce type de portefeuille, considéré
comme agressif selon les normes allemandes, devrait rapporter un rendement annuel brut de maximum 2,4%, c’est-à-dire avant impôts, avant le paiement des frais et bien entendu non corrigé par l’inflation. “Mais peu de gens en Allemagne
et en Europe en sont conscients”

Chez Flossbach von Storch, les experts sont convaincus que la période de taux bas est loin d’être terminée. “Notre scénario de base ne prévoit pas de grands changements dans un avenir proche, voire à moyen terme.
En tout cas pas en Europe ni au Japon, ni dans une certaine mesure dans le reste du monde. Certains pensent que les taux remonteront à des niveaux dits normaux, c’est-à-dire entre 3 et 4% en Europe, mais nous n’y croyons pas!, commente
Philipp Vorndran. Si les taux retrouvent leurs niveaux des quarante dernières années, l’économie devrait aussi revenir à son rythme de croissance des quarante dernières années. Et la mondialisation devrait
s’arrêter et même faire marche arrière. Ce qui est très peu probable.”

Pour Philipp Vorndran, un taux d’intérêt de 5 à 6% n’est possible que si l’expansion économique se poursuit avec 3 à 4% de croissance ou en cas d’inflation extrêmement élevée. Mais il ne pense pas
que ce scénario se réalisera, notamment parce que l’impact de ces niveaux de taux serait dramatique, d’une part pour le marché immobilier, d’autre part pour les pouvoirs publics, confrontés à un endettement élevé,
comme c’est notamment le cas de l’Italie.

Peu de restrictions

C’est dans ce contexte de persistance des taux bas que le navire amiral de FvS, le fonds d’investissement Multiple Opportunities (également très populaire en Belgique), entre en jeu. “Le principal objectif de ce fonds est de préserver
le pouvoir d’achat des investisseurs. Dans les circonstances actuelles, nous pensons qu’il est réaliste d’espérer un rendement de 5% à moyen ou long terme. Nous serons très heureux si nous arrivons à faire mieux.
Mais n’imaginez pas que nous pourrons reproduire le rendement (cumulé, NDLR) de 140% que nous avons obtenu ces dix dernières années”, prévient Philipp Vorndran.

Le lancement du fonds Multiple Opportunities ne s’est d’ailleurs pas fait de manière traditionnelle, mais pour répondre à la demande de clients qui souhaitaient investir dans la technologie et les marchés émergents.
Le fonds a également été conçu pour contourner un changement de la fiscalité allemande en matière d’investissements, confie Philipp Vorndran. Cela explique pourquoi il comprend aussi peu de restrictions. “Nous
gérons l’argent comme s’il s’agissait de nos propres capitaux”. Ce qui est spécifique à Multiple Opportunities, c’est la liberté totale dont bénéficient les gestionnaires. Résultat: le fonds est géré
de manière très active et surfe en permanence sur les changements et les évolutions dans le monde aux plans économique, politique, démographique, etc.

Vu que FvS est convaincu que dans le contexte de taux bas, les actions sont la classe d’actif la plus rentable par rapport au risque, elles constituent le coeur du portefeuille: pour l’instant, Multiple Opportunities est investi en actions à raison
de plus de 65%. Parmi les principales positions, on trouve le groupe alimentaire suisse Nestlé, le constructeur automobile allemand Daimler et Berkshire Hathaway, le véhicule d’investissement de Warren Buffett. Le fonds investit pour
l’instant très peu en obligations, c’est-à-dire à hauteur de 6,5% du portefeuille. La proportion entre les actions et les obligations indique clairement que ce fonds est assez risqué et s’adresse surtout à des investisseurs
qui misent à la fois sur la croissance et le long terme (plus de cinq ans).

Multiple Opportunities investit également dans des futures, des dérivés et des obligations convertibles et conserve une partie du portefeuille sous forme de liquidités. À souligner: le fonds prévoit la possibilité
d’investir jusqu’à 20% dans des métaux précieux, dont 10% en or. Vu que les fonds ne peuvent pas investir dans l’or physique (c’est notamment le cas en Belgique), FvS a créé un sous-fonds, Multiple Opportunities
II, qui investit dans l’or de manière indirecte, c’est-à-dire via des certificats. Lorsque nous demandons à Philipp Vorndran des explications sur cette importante position en or, il répond sans la moindre hésitation:
“L’or est notre assurance contre l’incendie des marchés des capitaux, contre les risques prévisibles et imprévisibles.”

Ces dix dernières années, Multiple Opportunities a obtenu un rendement annuel moyen de 9,3%, mais celui-ci a aujourd’hui tendance à baisser: 6% sur les cinq dernières années et 2,5% sur trois ans. L’année 2017
a été un bon cru, avec un rendement de 5,8%. “Nous aurions pu faire 1,5% de mieux si nous avions été plus agressifs en termes de couverture contre le dollar. Nous sommes fortement investis en actions américaines,
car nous trouvons le marché américain intéressant, mais nous sommes de ce fait exposés au risque dollar et l’an dernier, nous ne nous sommes pas suffisamment couverts”, reconnaît le stratégiste.

Cette année, la performance du fonds est moins bonne avec une perte de 2,1% à fin avril. “Ce recul est dû à l’impact des géants de la consommation comme Nestlé et Reckitt Benckiser. Ils sont doublement touchés:
d’une part par le débat concernant les changements de stratégie en matière de taux – étant donné qu’ils sont souvent considérés comme une solution alternative aux obligations – et d’autre part à
cause des discussions concernant le fait que les producteurs de biens de consommation devraient renoncer à une partie de leurs marges bénéficiaires en faveur des détaillants, afin que ces derniers puissent améliorer
leur rentabilité.”

Philipp Vorndran se dit satisfait du portefeuille actuel. Si les marchés descendent encore de 5%, il clôturera toutes ses positions en futures pour profiter au maximum d’un rebond des cours de Bourse. En cas de recul, il compte aussi renforcer
ses positions dans un certain nombre de sociétés technologiques et de biens de consommation.

“Ohne Vola, keine Cola”

Malgré la hausse de la volatilité des marchés et le recul des cours depuis le début de l’année, les fonds de FvS n’ont eu à déplorer aucune sortie de capitaux. “Ce que nous avons vu sur le plan de la volatilité
n’est en réalité qu’une normalisation de la situation. C’est l’année dernière qui était plutôt anormale. La volatilité n’est d’ailleurs pas un facteur important pour nous, elle ne représente pas
un risque et je dirais même qu’elle recèle plutôt des opportunités. En allemand, nous disons: “ohne Vola, keine Cola” (sans volatilité, pas de coca-cola, NLDR).

Comment expliquer la popularité de Multiple Opportunities en Belgique? Philipp Vorndran n’a pas de réponse toute faite. C’est certainement un produit correct, ajoute-t-il, mais peut-être ce succès s’explique-t-il par la vision
claire affichée par FvS. “Nous disons ce que nous pensons, par exemple que nous ne nous attendons pas à une hausse des taux, et nous ne faisons aucune concession sur ce plan.”

 

Flossbach von storch – multiple opportunities II:

    ·Fonds mixte flexible: investit surtout en actions, mais aussi 20% en métaux précieux

    ·Rendement depuis le début 2018: -1,94%

    ·Rendement annuel sur 5 ans: 5,98%

     ·Frais courants: 1,65%

     ·Distribué (notamment) par Deutsche Bank, Binck et MeDirect

 

 

Flossbach von Storch, l’histoire de deux amis

Koen Lambrecht L’Allemagne est connue pour la qualité de ses voitures, de ses réfrigérateurs et de ses machines, mais pas particulièrement pour ses produits financiers. Qu’à cela ne tienne, deux amis allemands, Bert
Flossbach et Kurt von Storch, ont décidé en 1999 de se lancer dans la gestion de patrimoine. Les deux amis s’étaient connus à l’université et s’étaient retrouvés quelques années plus tard chez
Goldman Sachs. 20 milliards d’euros La société gère aujourd’hui 14 fonds, qui constituent la pierre angulaire de ses activités, soit 20 milliards d’euros investis. Même si l’entreprise propose également des
fonds 100% actions et 100% obligations, elle est surtout connue comme étant un acteur “multi-asset”. Son plus grand fonds, Multiple Opportunities, comptabilise près de 17 milliards d’euros. Le total des actifs sous gestion se monte à
35 milliards d’euros, dont 5 milliards en gestion de patrimoines privés et 8 milliards pour le compte d’investisseurs institutionnels. La stratégie de FvS est connue pour être plutôt active.

Ces dernières années, FvS s’est également internationalisée. Il y a cinq ans, l’entreprise s’est lancée sur le marché belge et deux ans et demi plus tard, en Espagne. Cette année, FvS a ouvert un bureau
à Milan.

La société de gestion de fonds est très attachée à son indépendance et ne compte pas changer son fusil d’épaule. Elle ne s’intéresse pas aux acquisitions, car selon Kurt von Storch, il est très
difficile de fusionner différentes cultures d’entreprises. Une mise en Bourse ou une vente de l’entreprise ne sont pas davantage à l’ordre du jour

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